Le paysage est une perception partielle du territoire

     Les paysages des plateaux paraissent vierges de toute urbanisation. La forme de bosquet des villages est une spécificité forte du Grand Amiénois. Les masses boisées, d’où seuls émergent les éléments bâtis verticaux, tendent à s’altérer sous l’avancée des grandes cultures et le développement de l’urbanisation. A ce jour, les secteurs les moins touchés par le démantèlement des courtils sont le nord ouest et le sud ouest du pays ainsi que le nord du pays du Coquelicot. Avec une tendance à la généralisation de la périurbanisation (et de son mode de développement), il est vraisemblable que les silhouettes de bosquet des villages encore intactes s’altèrent, et que celles déjà abîmées s’amenuisent jusqu’à disparaître. De plus, de nombreux éléments bâtis s’implantent hors de ces villages (éoliennes, silos agricoles, bâtiments d’élevage et d’exploitation). Ainsi, il semble opportun :  
  • de rechercher le maintien des silhouettes de bosquets les plus préservées sans entraver le développement de l’urbanisation, en privilégiant le renouvellement urbain et les opérations nouvelles dans la ceinture boisée ;
  • de permettre et d’encourager des aménagements supports d’une fonction contemporaine permettant de préserver ou de renforcer les silhouettes de bosquet de l’ensemble des villages de plateau ;
  • d’insérer les éléments bâtis sur les plateaux et les vallées sèches les moins pentus dans le respect du paysage.
       Les principales villes du pays se situent dans les vallées (l’unité urbaine d’Amiens, Albert, Corbie, Doullens, Ailly sur Noye, Poix de Picardie, Flixecourt et Airaines). Toutes ces villes connaissent une dynamique de développement sur les plateaux et les hauts de versant, avec l’aménagement d’espaces d’activités et une urbanisation à vocation résidentielle. L’impact sur le paysage perçu depuis les vallées comme depuis les plateaux est important et ce développement induit un changement de la physionomie des vallées. Les entrées de ville se transforment et les éléments urbains emblématiques tendent à s’effacer. Le développement d’une urbanisation linéaire le long de ces couloirs naturels tend vers une conurbation de certaines sections de vallées (vallée de la Selle au Sud d’Amiens, vallée de la Somme en aval d’Amiens et autour de Corbie, vallée de la Nièvre et vallée de la Grouche entre Doullens et Lucheux). Ainsi, il s’agit :  
  • de concilier au mieux les exigences d’urbanisation des principales villes avec des formes de développement adaptées au contexte des versants et des amorces de plateau, tout en aménageant des entrées de ville de qualité prenant en compte les spécificités de la commune ;
  • d’éviter une urbanisation continue le long des couloirs naturels des vallées ;
  • d’encourager une meilleure insertion du bâti au contexte paysager et à la topographie (fond de vallée, pente, haut de versant) dans l’ensemble des vallées.
       Les paysages des vallées sont les plus riches et les plus variés du Grand Amiénois. Ils possèdent des fonctions et accueillent des activités pouvant paraître antagonistes : une très grande diversité biologique avec une mosaïque de milieux (milieux humides, tourbeux, bois marécageux, larris et rideaux sur les coteaux), des activités de loisirs (pêche, kayak, promenade, jardinage…), des activités économiques (agriculture industrielle et extractions de matériaux sur les versants, maraîchage, populiculture, pâtures, pisciculture et pêche à l’anguille dans les thalwegs). Les vallées du pays connaissent depuis une vingtaine d’années de nombreux bouleversements : un développement du tourisme et de la cabanisation de nombreux secteurs de fond de vallée, une disparition des pâtures au profit de la populiculture qui entraîne une fermeture des milieux, une dégradation physique et une tendance à l’envasement des milieux humides par la disparition des rideaux jouant un rôle de filtre, un enfrichement des larris, des remblais de zones humides. Ainsi, il importe :  
  • de permettre le développement touristique s’appuyant sur la diversité et les qualités écologiques et paysagères des vallées, et prenant en compte les risques existants (particulièrement la vallée de la Somme, les vallées de la Bresle, des Evoissons et des Parquets).
  • de maintenir, découvrir ou redécouvrir les solutions de gestions et les aménagements permettant de concilier activités économiques, bonne gestion écologique et diversité paysagère des vallées.