Une inadéquation offre/besoins et une redistribution des dynamiques habitat vers les territoires périurbains et ruraux

Un déficit de production de logements, notamment dans le parc locatif aidé


Le pays du Grand Amiénois est, à l’image de la région, un territoire qui a peu construit ces 10 dernières années, alors que les besoins des ménages augmentaient. En Picardie, l’étude BIPE/CETE réalisée pour la DRE Picardie a montré que pour satisfaire les besoins en logements sur la période 1999-2007, il faut construire en moyenne par an au moins 7 600 logements. Or entre 1999 et 2003 ce ne sont que 5 800 logements par an qui ont été effectivement mis en chantier, soit 1 800 logements de moins que l’objectif nécessaire pour répondre aux besoins.
À l’échelle du Grand Amiénois, cette même étude a estimé que pour satisfaire les besoins en logements, il faut réaliser au moins 1 350 résidences nouvelles par an entre 1999 et 2007. Or, sur la période 1999-2003 on a mis en chantier un peu plus de 1 000 logements par an (3,2 logements pour 1 000 habitants), soit un déficit de 350 logements par an.

Toutefois, depuis 2004, on assiste à une reprise de la production de logements dans la région et à l’échelle Grand Amiénois. Cette relance ne suffit pas à rattraper le déficit accumulé les années précédentes, mais permet au Grand Amiénois, grâce à un rythme annuel de plus de 1 500 logements par an (soit 4, 6 logements pour 1 000 habitants) entre 2003 et 2005, de dépasser les besoins estimés à 1350 logements sur la période 1999-2007.
En 2005, le parc locatif aidé représente près de ¼ de la construction de logements, soit légèrement plus que la France (20 %). Cependant, cette production ne couvre pas les besoins définis dans le plan de cohésion sociale. Les écarts se creusent particulièrement sur les deux dernières années (2005 et 2006) où seulement la moitié de l’objectif est réalisé. La pression sur le parc locatif aidé est révélée par le nombre de demandes de logements : en 2005, on comptabilise plus de 9 400 demandes de logements aidés et seulement une attribution pour 4 demandes (contre 1 attribution pour 3 demandes en Picardie).

Des prix fonciers et immobiliers de plus en plus élevés et des écarts qui se creusent entre la périphérie amiénoise et le reste du pays


On assiste à une redistribution des dynamiques de production de logements vers les territoires situés aux franges du pays : la reprise de la construction a davantage profité aux communes situées le plus loin de l’agglomération centre. Cette redistribution est en grande partie liée à l’augmentation importante des prix du foncier et de l’immobilier dans la proche périphérie amiénoise. Dans la première couronne d’Amiens, le prix moyen d’un terrain se situe entre 120 € et 130 € le m² en 2007. Un terrain de moins de 600 m² est 4,8 fois plus cher (64 900 €) dans la périphérie amiénoise que dans le secteur sud ouest du département (13 300 €). En 2006, le prix moyen de vente d’une maison ancienne (plus de 5 ans) s’élève à 171 300 € dans la périphérie amiénoise, contre 108 700 € en moyenne à Albert.

Une répartition peu équilibrée des différents types de logements sur le territoire


On constate une répartition inégale des différents types de logements, en particulier en ce concerne l’offre locative. Le parc de logements aidés se concentre principalement dans Amiens et quelques villes relais : Doullens, Corbie, Albert, et d’une manière plus hétérogène dans la communauté de communes du Val de Nièvre et environs. Le parc locatif privé, hors Amiens métropole, assure un rôle social de fait : dans le Doullennais, le Val de Nièvre et environs et le Pays du Coquelicot entre 57 % et 60 % des ménages du parc locatif privé ont des revenus inférieurs à 60 % des plafonds PLUS* (contre 49 % dans le Grand Amiénois et 50 % dans la Somme).

Une part relativement importante de logements anciens et inconfortables à réhabiliter


Entre 1999 et 2005, ce sont près de 2400 logements qui ont été réhabilités dans le cadre des OPAH. Les subventions de l’ANAH accordées aux propriétaires occupants et aux bailleurs privés ont permis de réhabiliter près de 7 200 logements dans le Grand Amiénois en 12 ans. Cependant certains territoires, en particuliers ceux situés à l’ouest du pays restent encore fort marqués par la présence de logements inconfortables. En 2005, 14 % des résidences principales de la région de Oisemont ne disposaient d’aucun confort, sanitaire (ni baignoire, ni douche, ni wc) ; ce taux est des13 % dans le Sud-Ouest amiénois et de 10 % dans le Val de Nièvre et environs.

On relève plus de 11 200 logements potentiellement indignes dans le Grand Amiénois en 2003. Leur volume, particulièrement important dans quelques communes du Doullennais, dans la Région de Oisemont et dans le Sud-Ouest amiénois, pourrait attester des difficultés plus marquées sur ces territoires, en matière de bâti (logement inconfortable ou vétuste) et en termes de ressources des occupants (logements occupés par des ménages dont les revenus sont souvent très modestes).

Le vieillissement de la population


L’allongement de la vie et l’accélération du vieillissement de la population du pays dans les prochaines années nécessitent de prendre en compte dès à présent les besoins des populations âgées en termes d’habitat (logements et services liés au vieillissement). Dans le Grand Amiénois, on estime que le nombre des personnes de 75 ans et plus pourrait doubler en 30 ans (42 500 en 2030, contre 21 000 en 2000).

Des acteurs à mobiliser ou à remobiliser autour des politiques de l’habitat



Des PLH en « panne »

Dans le Grand Amiénois, 10 EPCI sur 12 se sont engagés dans une réflexion PLH. Cependant, seule la communauté de communes du pays du Coquelicot a un document approuvé. Dans les autres territoires, hors Amiens Métropole (où le document est en cours de finalisation et pourrait être soumis prochainement à l’ensemble des communes de l’agglomération), les PLH sont en « panne ». Ils ont été élaborés il y a quelques années, mais n’ont pas fait l’objet d’une réelle appropriation de la part les collectivités concernées ; même si certains ont été arrêtés, aucun n’a été validé.

De nouvelles perspectives…

Le Plan départemental de l’Habitat doit aboutir à la mise en cohérence des interventions des différentes collectivités publiques. Même s’il n’a pas pour ambition de définir un programme d’action, son objectif est de définir des grandes orientations pour la mise en place d’une politique cohérente sur l’ensemble du département.

Actuellement, aucune collectivité locale ne s’est engagée dans une prise de délégation de compétence des aides à la pierre, aussi bien dans le Grand Amiénois qu’à l’échelle du département. L’État reste détenteur de la programmation des ces aides publiques. Néanmoins, l’élaboration du plan départemental de l’habitat de la Somme et du PLH d’Amiens Métropole sont l’occasion pour les deux collectivités de réfléchir à une future prise de délégation de compétence des aides à la pierre qui leur permettrait de gérer et d’attribuer directement, selon la convention définie avec l’État, les aides destinées au parc locatif aidé et au parc privé relevant de l’ANAH.

…Mais une nécessaire mobilisation des acteurs

Si la mobilisation des ces différents outils, tels que les PLH, Le PDH ou la délégation de compétence des aides à la pierre, peut conduire à répondre à une vision stratégique en termes d’habitat, l’objectif opérationnel, relevant de la programmation et tenant compte d’une répartition équilibrée de l’habitat, pourra difficilement être atteint sans une volonté politique et une mobilisation des tous acteurs quelles que soient les échelles d’intervention retenues, à savoir les EPCI ou le Pays

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