Un territoire préservé malgré la pression de l’urbanisation ...
Le maintien des grands équilibres
En 2002, comme en 1980, 8 hectares sur 10 sont consacrés à l’agriculture dans le Grand Amiénois, tandis que les espaces naturels couvrent environ 13 % du territoire et les espaces artificialisés 7 %. Sur cette période de 22 années, les espaces artificialisés, toutes vocations confondues, progressent d’environ 12 %, soit une augmentation de l’ordre de 2 300 ha. Ces développements urbains se font essentiellement au détriment des espaces agricoles et au profit, dans des proportions quasi équivalentes, des espaces à dominante résidentielle et des infrastructures.
Amiens Métropole, principale consommatrice
L’évolution des surfaces artificialisées entre 1980 et 2002 est très variable d’un territoire à l’autre. Amiens Métropole concentre en effet 50 % des surfaces consommées, dont environ 1/4 pour l’habitat et 1/3 pour les activités économiques. Les évolutions constatées dans les autres territoires du Grand Amiénois varient dans un rapport de 1 à 23, les territoires les plus proches de l’agglomération étant globalement les plus gros consommateurs.
Un territoire qui s’équipe
Si la progression des surfaces artificialisées a notamment profité aux développements résidentiels et économiques, elle a également contribué à l’équipement du territoire en infrastructures autoroutières, permettant ainsi une nette amélioration de l’accessibilité à Amiens. C’est en effet à partir de la fin des années 1980 que sont menés les grands chantiers autoroutiers : achèvement de la rocade d’Amiens, construction des autoroutes A16 (Paris – Amiens - Calais) et A29 (Rouen – Amiens – Saint-Quentin). Sur la période 1980-2002, près de 40 % des surfaces artificialisées dans le Grand Amiénois sont des infrastructures.
Une attention particulière à porter aux développements résidentiels
Une périurbanisation consommatrice de foncier
Le renchérissement croissant des prix de l’immobilier et du foncier, notamment à proximité de l’agglomération amiénoise, contraint à l’éloignement nombre de ménages désireux d’acquérir ou de faire construire un logement alors que son impact sur la densité des développements résidentiels semble moins prononcé. L’éloignement offre en effet l’opportunité, à coût égal voire inférieur, d’acquérir un terrain plus grand et en effet il n’est pas rare, notamment à proximité immédiate d’Amiens, de trouver des terrains à bâtir de plus de 1 000 m² à un prix au m² supérieur à 100 €.
Un déficit d’encadrement
Ces développements extensifs sont également la conséquence de la faible couverture du territoire par les documents de planification communale. Pour mémoire, 2/3 des communes du Grand Amiénois n’ont pas de document de planification (POS, PLU ou carte communale). Les extensions sont alors gérées au coup par coup, au gré de la mise sur le marché d’un foncier qui peut sembler abondant (80 % d’espaces agricoles) et que les collectivités ne peuvent maîtriser faute d’anticipation et de moyens d’action.
Un impact non négligeable sur le paysage et l’environnement
Au-delà de l’objectif d’une utilisation économe de l’espace, il convient également de considérer l’impact de ces développements sur le paysage et l’environnement. Extensions réalisées au-delà de l’enveloppe urbanisée des villages qui créent des transitions brutales entre secteurs résidentiels et territoires de grandes cultures, développements linéaires le long des voies créant un continuum bâti plus ou moins dense entre deux bourgs, mitage progressif des espaces agricoles, etc. sont autant d’impacts qui peuvent à terme nuire à la préservation et à la valorisation des qualités paysagères et environnementales du Grand Amiénois.
Un phasage de mise sur le marché du foncier économique à préciser
Un foncier immédiatement disponible peu abondant
Si des projets de création ou d’extension de zones d’activités voient le jour sur l’ensemble du territoire, en lien notamment avec l’accessibilité offerte par les nouvelles infrastructures autoroutières, les disponibilités à très court terme sont peu abondantes. De l’ordre d’une centaine d’hectares, un niveau relativement bas si on considère les valeurs références sur les vingt dernières années, elles sont majoritairement concentrées sur Amiens Métropole (pôle Jules Verne) et le Val de Somme (ZA de Villers-Bretonneux).
Des perspectives de développement à organiser à l’échelle du pays
A l’inverse, au regard des projets en cours, l’offre foncière économique à moyen/long terme peut paraître considérable rapportée au rythme prévisionnel de consommation de 38 ha/an. Compte tenu de ces perspectives, mais aussi de l’ambition d’un renforcement de l’attractivité économique du Grand Amiénois, il convient de porter une attention particulière à la lisibilité et au phasage de cette offre nouvelle, en lien, peut-être, avec une réflexion sur la mise en place d’une fiscalité homogène à l’échelle du pays.
Un potentiel à ne pas négliger : les sites économiques anciens
De la même façon, ces nouveaux développements doivent s’inscrire en complémentarité avec des actions de recyclage du foncier économique ancien qui présentent l’avantage d’une utilisation économe de l’espace en même temps qu’elles contribuent, le plus souvent, à améliorer l’environnement immédiat de ces sites, voire à impulser de nouvelles dynamiques. Friches d’activités, sites sensibles, zones industrielles ou artisanales anciennes doivent ainsi être considérés comme porteurs d’enjeux dans le cadre d’un aménagement et d’un développement durable du territoire du Grand Amiénois.
Une nécessaire mobilisation des acteurs
Des outils à mobiliser
Nombreuses sont les collectivités qui font le constat d’une impossibilité d’agir sur le marché foncier. S’il peut en effet s’avérer difficile pour une petite commune (3/4 des communes du Grand Amiénois ont moins de 500 habitants) d’acquérir et de porter du foncier en vue de la réalisation d’opérations, l’élaboration d’un document de planification constitue une première, et accessible, étape de mise en place d’une stratégie d’aménagement et de développement. Elle peut ensuite être prolongée par la mise en œuvre d’outils plus opérationnels (droit de préemption, zone d’aménagement différé, lotissement, etc.) dont la gestion pourrait relever d’acteurs mieux « armés » (intercommunalités ? établissement public foncier ?).
Une stratégie foncière à réfléchir et mettre en place à l’échelle du pays
Si la mobilisation de ces outils peut conduire à mieux anticiper et répondre aux dynamiques à l’œuvre dans le Grand Amiénois, tant en termes d’habitat que de développement économique, l’objectif d’un développement cohérent et solidaire du pays pourra difficilement être atteint sans une réflexion sur la mise en œuvre d’une stratégie foncière à cette échelle intégrant à la fois les problématiques d’extension et de renouvellement urbain.
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